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Pérou, royaumes du soleil et de la lune : l'or et l'argent des Andes

Pérou, royaumes du soleil et de la lune : l'or et l'argent des Andes

Dans les Andes, l’or et l’argent n’avaient pas d’abord une valeur marchande. Ils étaient associés aux astres : l’or au soleil, l’argent à la lune. Pendant plus de deux millénaires, les cultures successives du Pérou ancien ont développé une orfèvrerie d’une grande sophistication, dont il ne reste qu’une infime partie après la conquête espagnole. Ce que nous en connaissons suffit pourtant à en mesurer l’audace technique.

Une longue succession de cultures

L’histoire de l’orfèvrerie andine ne se résume pas aux Incas, qui arrivent tard dans cette histoire. Avant eux, plusieurs cultures ont chacune apporté leurs innovations :

CulturePériode approximativeRégionCe qu’on retient
ChavínIer millénaire av. J.-C.Andes centralespremières grandes pièces en or martelé et repoussé
MocheIer – VIIIe sièclecôte nordorfèvrerie virtuose, dorure et argenture de surface
NascaIer – VIIe sièclecôte sudornements en feuille d’or découpée
Sicán (Lambayeque)Xe – XIVe sièclecôte nordgrands masques funéraires, couteaux cérémoniels
ChimúXe – XVe sièclecôte nord, Chan Chanproduction abondante, ateliers spécialisés
IncaXVe – début XVIe siècleempire andinintégration des orfèvres conquis, usage politique et religieux

Ces dates sont des ordres de grandeur, que les archéologues affinent régulièrement.

Le soleil et la lune

Chez les Incas, l’or est souvent décrit comme « la sueur du soleil » et l’argent comme « les larmes de la lune ». L’image résume bien le statut de ces métaux : ils appartiennent au sacré et au pouvoir. Les temples en étaient ornés, les souverains et les dignitaires en portaient, les morts de haut rang en étaient couverts.

Cette dimension explique les formes : masques funéraires, couronnes, pectoraux, ornements d’oreilles de grand diamètre, ornements de nez, figurines et objets rituels. Le bijou andin est d’abord un signe de statut et un objet religieux.

Des techniques originales

Les orfèvres andins ont surtout privilégié le travail du métal en feuille : ils martelaient l’or et l’argent en plaques fines, qu’ils découpaient, emboutissaient, repoussaient et assemblaient. Plusieurs savoir-faire méritent d’être soulignés :

  • Le repoussé : des visages, des animaux et des motifs complexes sont modelés en relief depuis l’envers de la feuille.
  • L’assemblage mécanique : plutôt que de souder, on assemble souvent les pièces par agrafes, rivets ou languettes repliées.
  • Les alliages or-cuivre, parfois appelés tumbaga, qui permettaient d’économiser l’or et de faciliter le travail.
  • La dorure par appauvrissement : en traitant chimiquement la surface d’un alliage or-cuivre, les orfèvres en retiraient le cuivre superficiel, laissant une couche enrichie en or. Un objet majoritairement en cuivre pouvait ainsi paraître en or massif.
  • Les incrustations de turquoise, de coquillage, de chrysocolle ou de nacre.

Les recherches menées sur des objets moches ont montré que certains orfèvres déposaient aussi de très fines couches d’or ou d’argent sur du cuivre par des procédés chimiques, sans électricité. C’est une prouesse que les spécialistes continuent d’étudier.

Les Chimú et les ateliers d’orfèvres

La culture chimú, établie sur la côte nord avec pour capitale Chan Chan, a produit une orfèvrerie abondante : vases, gobelets, parures, textiles ornés de plaquettes d’or. On pense que les orfèvres y travaillaient dans des ateliers spécialisés au service de l’élite.

Lorsque les Incas soumettent le royaume chimú, au XVe siècle, ils déplacent une partie de ces artisans vers leur capitale, Cuzco. Le savoir-faire côtier se retrouve ainsi au cœur de l’empire inca.

Pourquoi si peu de pièces ont survécu

L’arrivée des Espagnols, dans les années 1530, est une catastrophe pour l’orfèvrerie andine. La rançon exigée pour la libération de l’empereur Atahualpa consiste en une salle remplie d’or et d’argent : des tonnes d’objets sont fondues en lingots. Le pillage des temples et des tombes se poursuit pendant des décennies.

Ce qui subsiste provient surtout de tombes restées inviolées et de fouilles archéologiques. La découverte, à la fin des années 1980, de la tombe du « Seigneur de Sipán », un dignitaire moche enterré avec ses parures, a ainsi transformé notre connaissance de cette culture.

Ce que les créateurs y trouvent aujourd’hui

Pour un bijoutier contemporain, l’orfèvrerie andine est une leçon de construction : de grandes pièces légères, faites de feuilles assemblées, qui bougent et accrochent la lumière. C’est aussi un rappel que la couleur d’un métal peut être travaillée en surface, une idée que reprennent aujourd’hui les patines et les traitements de surface. Pour comparer avec d’autres orfèvreries anciennes, voir le cimetière royal d’Ur et l’histoire de la granulation.

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