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Le cimetière royal d'Ur : les plus anciens trésors de la joaillerie

Le cimetière royal d'Ur : les plus anciens trésors de la joaillerie

Il y a environ 4 500 ans, dans la cité sumérienne d’Ur, au sud de l’actuel Irak, des souverains ont été enterrés avec une profusion d’objets précieux : coiffes de feuilles d’or, colliers de lapis-lazuli et de cornaline, vaisselle d’or et d’argent, instruments de musique incrustés. Leur découverte, dans l’entre-deux-guerres, a révélé que la joaillerie avait atteint un niveau étonnant dès le IIIe millénaire avant notre ère.

Une fouille célèbre

Le site d’Ur a été fouillé de 1922 à 1934 par une expédition conjointe du British Museum et du musée de l’université de Pennsylvanie, dirigée par l’archéologue britannique Leonard Woolley. Parmi les centaines de sépultures mises au jour, une quinzaine se distinguent par leur architecture et leur richesse : Woolley les qualifie de « tombes royales ».

Ces tombes datent du milieu du IIIe millénaire avant notre ère. Certaines contiennent, outre le défunt principal, de nombreux serviteurs, gardes et musiciennes, inhumés avec leurs propres parures. C’est ce qui explique la quantité exceptionnelle de bijoux retrouvés.

Les objets ont ensuite été partagés entre le musée national d’Irak, à Bagdad, le British Museum, à Londres, et le Penn Museum, à Philadelphie.

Les pièces les plus célèbres

Quelques objets sont devenus emblématiques :

  • La parure de Puabi. Une femme de haut rang, identifiée par un sceau à son nom, portait une coiffe faite de rubans d’or, de couronnes de feuilles d’or, de fleurs en or et de perles de lapis-lazuli et de cornaline, ainsi qu’un grand peigne surmonté de fleurs. Le haut de son corps était couvert de rangs de perles.
  • Le casque de Meskalamdug. Un casque en or martelé qui reproduit une chevelure nouée en chignon, avec un détail impressionnant des mèches et des oreilles.
  • Les « béliers dans un buisson ». Deux statuettes d’un animal dressé contre un arbuste, en or, lapis-lazuli, coquillage et bois.
  • Les lyres à tête de taureau, dont la tête était recouverte de feuille d’or, avec une barbe en lapis-lazuli.

Des matériaux venus de loin

Les Sumériens ne disposaient sur place ni d’or, ni d’argent, ni de pierres fines. Tout était importé, parfois de très loin :

MatériauProvenance probableUsage
Lapis-lazulimontagnes du nord-est de l’Afghanistan actuelperles, incrustations
Cornalinevallée de l’Indus et ses environsperles, parfois gravées ou décorées
Orrégions montagneuses voisines (Anatolie, Iran)feuilles, perles, chaînes, récipients
Coquillagecôtes du Golfeincrustations blanches

Ces bijoux sont donc aussi le témoignage d’un réseau d’échanges à longue distance, des siècles avant la Route de la soie.

Ce que les orfèvres d’Ur savaient faire

L’examen des pièces montre une palette de techniques très proche de celle d’un atelier artisanal d’aujourd’hui :

  • Le martelage de l’or en feuilles très minces, découpées en forme de feuilles d’arbre ou de pétales.
  • Le repoussé et la ciselure, pour modeler les reliefs du casque de Meskalamdug ou les détails des feuilles.
  • Le tréfilage et la fabrication de chaînes, dont des chaînes tressées d’une grande régularité.
  • La soudure de petites pièces entre elles.
  • Les débuts de la granulation : certains bijoux portent déjà de petits grains d’or fixés à la surface, parmi les plus anciens exemples connus (voir historique de la granulation).
  • Le perçage des pierres dures : percer une perle de cornaline longue et fine sans la casser demande des forets et une patience remarquables.
  • La marqueterie de pierres, assemblage de petits éléments de lapis, de cornaline et de coquillage.

Ce que ces bijoux nous apprennent aujourd’hui

Pour un joaillier contemporain, ces pièces ont quelque chose de familier. Les gestes de base n’ont pas changé : mettre le métal en feuille, le mettre en forme, le décorer, l’assembler, l’associer à des pierres. La différence tient aux outils et à la maîtrise du feu, que les orfèvres d’Ur obtenaient avec des moyens que nous jugerions rudimentaires.

Ces parures rappellent aussi une évidence : le bijou n’a jamais été un simple ornement. À Ur, il disait le rang, la fonction, l’appartenance, et accompagnait les morts dans l’au-delà. Les couleurs n’étaient pas choisies au hasard : le bleu profond du lapis, le rouge de la cornaline et le jaune de l’or formaient une palette très codifiée.

Les voir

Les pièces d’Ur sont exposées dans les trois musées qui se les sont partagées. Les photographies haute définition publiées par ces institutions permettent aussi d’observer les détails techniques de très près, ce que nous recommandons à tout amateur curieux de comprendre comment un objet a été fabriqué.

Pour un autre voyage dans l’or ancien, de l’autre côté du monde, voir l’or et l’argent du Pérou ancien.

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