Le sertissage : griffes, clos, grains et rail expliqués

Une pierre ne tient pas sur un bijou par magie, ni par de la colle dans un travail soigné. Elle est maintenue par le métal lui-même, rabattu, poussé ou relevé autour d’elle. C’est le travail du sertisseur, un métier à part entière dans les grands ateliers et une étape délicate pour tout créateur. Voici les principaux types de sertis, comment on les réalise et ce qu’ils impliquent pour celui ou celle qui porte le bijou.
Le principe
Sertir, c’est créer dans le métal un logement exactement ajusté à la pierre, puis déformer le métal pour l’emprisonner. Le logement doit épouser la forme de la culasse (la partie inférieure de la pierre) et soutenir son rondiste (la ceinture qui sépare le dessus du dessous). Le métal rabattu vient ensuite recouvrir légèrement la couronne, la partie supérieure.
Tout se joue au dixième de millimètre : un logement trop large et la pierre tourne, trop serré et elle risque de se fendre au moment du sertissage.
Les principaux sertis
| Serti | Principe | Atouts | Points faibles |
|---|---|---|---|
| À griffes | des tiges de métal rabattues sur la pierre | laisse passer la lumière, met la pierre en valeur | les griffes s’accrochent et s’usent |
| Clos | une bande de métal entoure toute la pierre | très protecteur, allure moderne | cache une partie de la pierre |
| À grains | de petites billes de métal relevées dans la masse | permet de couvrir une surface de petites pierres | grains fragiles à l’usure |
| Rail | pierres alignées entre deux bords parallèles | lisse, sans accroche | demande des pierres très calibrées |
| Pavé | multitude de petites pierres serties à grains | effet scintillant | entretien délicat |
| Invisible | pierres tenues par des rainures, sans métal visible | surface continue de pierres | très technique, réparation difficile |
| Masse ou « étoilé » | pierre noyée dans le métal, à fleur de surface | très solide, discret | peu de lumière dans la pierre |
Le serti à griffes
C’est le plus connu, notamment pour les solitaires. Quatre ou six griffes, parfois davantage, tiennent la pierre en hauteur. La lumière entre par les côtés et fait briller la pierre. En contrepartie, les griffes accrochent les vêtements, s’usent avec le temps et peuvent se tordre sur un choc.
Le serti clos
La pierre est entourée d’une fine bande de métal, le chaton, que le sertisseur rabat tout autour. C’est l’un des sertis les plus anciens et les plus protecteurs. Il convient très bien aux pierres tendres ou fragiles, aux cabochons, et aux bijoux portés tous les jours.
Le serti à grains
Le sertisseur creuse un logement directement dans le métal, puis soulève de petits copeaux à l’échoppe qu’il arrondit en grains avec un outil creux, le perloir. Chaque grain retient un bord de la pierre. C’est la technique du pavé et des bordures de petites pierres.
Les outils du sertisseur
- L’échoppe, un burin à manche en forme de champignon, décliné en profils variés : plate, onglette, ronde, à dresser.
- Le perloir, pour arrondir les grains.
- La fraise, montée sur un moteur suspendu, pour creuser les logements.
- Le poussoir, pour rabattre griffes et chatons.
- La boule à sertir, un étau sphérique orientable qui maintient le bijou.
- La loupe binoculaire ou le microscope, devenus indispensables pour les petites pierres.
Pierres dures et pierres tendres
Toutes les pierres ne supportent pas le même traitement. Un diamant résiste à la pression du métal ; une émeraude, souvent fissurée intérieurement, une opale ou une turquoise demandent une grande douceur. Le sertisseur adapte le type de serti et la force de ses gestes. Pour mieux connaître les pierres, voir pierres précieuses et pierres fines.
Le sertissage dans la fabrication
Le sertissage intervient généralement après la mise en forme, la soudure et un premier polissage, mais avant le polissage final. La chaleur d’un chalumeau abîmerait beaucoup de pierres : on évite de souder une fois la pierre en place. Pour une pièce issue de la fonte à la cire perdue, les logements et les griffes sont souvent prévus dès le modèle.
Garder ses pierres
Pour le porteur, quelques réflexes évitent bien des pertes :
- regarder régulièrement les griffes à la loupe : une griffe aplatie ou fine doit être rechargée ;
- écouter : une pierre qui bouge produit parfois un léger cliquetis quand on secoue le bijou près de l’oreille ;
- retirer ses bagues pour le sport, le jardinage, les travaux manuels ;
- faire vérifier les bagues portées tous les jours par un bijoutier de temps en temps.
Les bons gestes d’entretien sont détaillés dans entretenir ses bijoux.
En résumé
Le choix du serti n’est pas seulement esthétique : il conditionne la lumière dans la pierre, le confort du bijou et sa résistance au quotidien. Griffes pour l’éclat, clos pour la protection, grains et pavé pour le scintillement : chacun a sa place, à condition d’être réalisé par des mains expertes.
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